Entre les années 1870 et 1890, le Manitoba devient une province
agraire. Le blé remplace la fourrure comme principal article d'exportation
et le développement d'un réseau ferroviaire, surtout celui du
Canadien Pacifique, permet d'intégrer la production agricole des
campagnes manitobaines aux marchés locaux, nationaux et internationaux.
En retour, l'établissement des fermes et la croissance de la population
attirent au Manitoba des marchands de grains, des grossistes,
des manufacturiers et des financiers qui cherchent à tirer profit
du marché rural et agricole. Dès la fin du 19e siècle, les villes
de Winnipeg et, plus modestement, de Saint-Boniface émergent comme
des centres de transport, de distribution et de transformation
de produits agricoles (minoteries, biscuiteries, laiteries, abattoirs
et usines de transformation et de préparation de la viande.) La
ferme, qui conserve jusqu'à ce jour son caractère familial, devient
progressivement au cours du 20e siècle une composante intégrée
d'un vaste complexe agro-industriel. Mais derrière les progrès
d'une économie agricole moderne, que n'hésite pas à vanter et
à célébrer le gouvernement manitobain dans ses films promotionnels
au sortir de la Seconde Guerre mondiale, se profile une lutte
constante des agriculteurs pour préserver leur part des profits
générés par leur travail.